L'entrée du camp
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Daniel.
Le nom arriva avant l'homme, et il fit à Lilith un effet dont elle n'eut pas honte. De toute la Horde, c'était celui dont elle surveillait les mains, celui à cause de qui elle dormait le dos contre une roue. Elle apprit sa mort en pleine fusillade, debout dans le vent, et il y eut quelque part sous ses côtes une petite chaleur immonde qui la soulageait.
Elle n'en laissa rien monter jusqu'à son visage. Ce visage là, elle l'avait au point : celui qui ne coûte rien et ne provoque rien.
Ailleurs dans le camp, des coups de feu claquaient déjà, beaucoup trop nombreux pour ce que ces gens avaient à défendre. Elle ne tourna pas la tête.
Mentir n'aurait servi à rien. Le sable garde les pas, et il enverrait quelqu'un vérifier. Elle baissa enfin son arme, le bras lourd comme du plomb, et tendit l'autre main vers l'arrière du camp.
« Ils étaient deux. Ils ont jeté leurs fusils et ils sont partis par là. »
Elle laissa sa main retomber contre sa cuisse.
« Celui qui a tiré est parti avec l'autre. Ils ont peut être trois minutes. » -
- C'est ça ouais. Cracha t-il
Passe devant avec ton flingue. Si on doit en prendre une autre elle sera pour ta pomme. -
Alors qu'ils se dirigeaient vers l'allée venteuse, un homme armé fut aperçu par le comparse de Crowford à l'angle d'une maison. Ils essuyèrent un premier tir sans dégât.
Ils pouvaient reculer pour prendre appui derrière les plaques en ferraille de la "muraille" ou s'écarter pour couper le ligne de visée du tireur. Croword et son co-hordeur semblait faire cela. -
Elle passa devant. Il n'y avait rien à négocier, et elle savait exactement ce que valait sa peau dans cette économie là : moins qu'une balle.
L'allée s'ouvrait entre deux rangées d'abris, avec ce vent qui remontait le couloir et brouillait tout. Lilith avançait pliée en deux, l'arme tenue basse à deux mains, en collant au plus près des parois. Chaque angle de mur était un problème à part entière. Elle regardait les ombres au sol autant que ce qu'elle avait devant elle.
Le premier tir claqua sur sa droite. Elle entendit le sifflement avant la détonation, ce qui voulait dire qu'il était passé près, et son corps décida seul : deux appuis, une épaule contre la ferraille, tout le buste effacé derrière un pan de mur qui lui coupait la vue du tireur autant qu'il la lui coupait.
Et elle y resta.
Accroupie, le dos plaqué, le pistolet serré contre sa poitrine sans jamais le lever, elle se fit aussi petite que la tôle le permettait. Se pencher pour voir, c'était offrir une tête ; tirer, c'était donner sa position à tout ce qui portait une arme dans cette allée. Elle avait au moins ça comme excuse, et elle comptait s'en servir aussi longtemps que possible.
Son cœur cognait dans ses oreilles. Elle ferma les yeux une seconde, les rouvrit. Elle n'attendait que le dénouement de ce nouvel enfer. -
Crowford prit position dans l'angle sûr, celui que ne couvrait pas le tireur. Dur mais pas fou. Son lieutenant, Floch, se tenait à l'angle de l'autre rangée, profitant de la position de Lilith.
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Antonio, caché derrière, dans, sous, quelque part en fait, parmi la déchetterie accumulée, observait le chaos depuis à peu près le début.
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Après un long moment, le défenseur improvisé finit par repasser une tête avec son arme. Surprit par la vue de Lilith, il dirigea son arme vers elle en toute hâte, cette dernière eut tout le loisir de penser au pire, mais l'homme fut fauché par deux balles de Floch qui guettait l'instant. L'homme s'effondra à terre devant la jeune femme.
Antonio Cucuvetta, pour l'heure, était non vu. Sa vue sur la scène était partielle, mais il entendait la plupart des choses.
Des coups de feu continuaient d'être tirés. Avec le vent et les dunes, difficile de déterminer leur origine. -
— Bien joué Floch.
Avait complimenté Crowford en sortant de son couvert, non sans avoir hélé Lilith pour s'assurer que la voie était libre.
— Putain ils en ont des flingues ici. Constata le chef de la Horde. Allez toi, avance.
Lilith avait ordre de se rendre ici: https://vestigiem.inquisitionem.fr/topic/33/l-all%C3%A9e-venteuse
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Le canon avait pivoté vers elle et le temps s'était ouvert en deux. Elle avait eu tout le loisir de voir le trou noir au bout du tube, de penser que c'était maintenant, que ce serait ici, dans une allée de ferraille, et de trouver ça d'une banalité écœurante.
Puis deux détonations sur sa gauche, et l'homme s'était plié en avant pour tomber presque à ses pieds.
Il resta là. Sur le flanc, un bras sous lui, un fusil trop vieux glissé à cinquante centimètres de sa main ouverte. Il était maigre. Aussi maigre que Ben, aussi maigre que tout le monde ici, et elle vit très bien qu'il portait des chaussures rapiécées avec du fil de fer parce qu'il n'y avait rien d'autre pour les tenir.
Lilith aura confirmé d'une voix blanche que la voie était libre, puis aura entendu féliciter celui qui venait de lui sauver la vie sans jamais avoir eu l'intention de la sauver.
Son estomac se souleva à vide, deux fois. Il n'y avait rien dedans, alors ça ne donna qu'un spasme et un goût de bile. Elle se releva sur des jambes qui n'étaient pas les siennes. Elle contourna le corps par le côté et ne prit pas le fusil, elle regarda son visage en passant. Une seconde, pas plus. Ensuite elle avança dans le vent, l'allée s'ouvrant devant elle entre les tas de tôle.